Ce qu’il faut savoir sur les milléniaux

2 avril 2020 | Élizabeth Lecavalier

Qui sont-ils?

Lorsqu’on parle des milléniaux, on fait typiquement référence aux enfants des baby-boomers. Il n’existe aucun consensus sur les dates exactes, mais les inventeurs du terme l’ont employé pour désigner les personnes nées entre 1982 et 20041. Aujourd’hui, les milléniaux auraient donc entre 16 et 38 ans. Selon Sean Saraq, directeur d’une firme de marketing, « au Québec, 2,25 millions de personnes se trouvent dans cette tranche d’âge2 ». Dans le présent article, puisque j’œuvre auprès des étudiants, je vais me concentrer sur la description des membres plus jeunes de cette génération3.

Les milléniaux se distinguent de maintes façons. Contrairement aux boomers et aux X, ils prônent la flexibilité et la liberté, autant par leur choix de carrière et leurs relations que par leurs intérêts spirituels. Ils savent qu’ils n’ont qu’une vie à vivre et font donc le choix de prioriser les expériences avant les biens matériels4. Ils sont hédonistes, hyper individualistes, à l’aise avec les progrès technologiques et se sentent très concernés face aux enjeux de société (comme l’environnement). En gros, ils se croient capables de faire une réelle différence dans le monde.

Chez les plus jeunes, les chercheurs ont même identifié trois nouvelles peurs non partagées avec leurs prédécesseurs : la peur de manquer quelque chose, la peur de ne pas être extraordinaire et la peur de la monotonie sans passion5. Lorsqu’ils contemplent le « vrai monde », les milléniaux ont le besoin de faire leur place et de se découvrir. Ils sont plus sensibles aux problèmes de santé mentale (notamment l’anxiété) que leurs parents tout en étant ouverts à admettre qu’ils ont des problèmes et à aller chercher de l’aide. Les recherches démontrent qu’il y a un délai dans la formation de l’identité chez les jeunes adultes6. Ainsi, plusieurs d’entre eux ne se sentent pas tout à fait adultes même s’ils sont rendus à la fin vingtaine, d’où le fameux #adulting sur les réseaux sociaux. Désirant prolonger le plus possible leurs jeunes années, ils hésitent à prendre des engagements à long terme pour ce qui est de leur travail, de leurs relations amoureuses, de leur appartenance à une église, ou de leurs finances.

Qu’est-ce qui distingue leur spiritualité?

Maintenant, que devons-nous savoir lorsque nous interagissons avec eux pour stimuler leur foi?

Côté religion, ils sont ouverts. On peut leur présenter l’évangile en sachant que cela risque d’être la première fois qu’ils entendent ce message. Ils n’ont pas connu la foi de leurs grands-parents et seront donc plutôt curieux quant aux sujets spirituels et existentiels. Ils n’auront pas non plus l’allergie au catholicisme des générations d’avant. Mais ils seront aussi plus confus quant aux vérités bibliques, car ils ne sont pas très connaisseurs en la matière.

Ils ont besoin du contenu et du contexte de la foi! Pouvoir de Changer, l’organisme pour lequel je travaille, fut parmi les premiers à utiliser des brochures présentant l’évangile en quelques points. Mais cet outil fut innové dans les années 50 en Californie, à une époque où la grande majorité détenait toujours une « vision du monde » chrétienne7. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : seulement 6 % des milléniaux américains possèdent une perspective compatible avec la Bible8. Si on prend l’exemple d’un casse-tête, cela ne suffit plus de les aider à placer les morceaux de la création, de la justification par la foi, et de la prise de décision. Tout est à recommencer à partir du tout début. De plus, ils ont besoin plus que jamais d’appartenir à une communauté chrétienne qui agirait comme le cadre dans lequel ils peuvent graduellement compléter le casse-tête de leur foi.

La plupart d’entre eux sont postmodernes. Tim Keller résume les implications de la postmodernité chez les jeunes adultes de la sorte : la vérité, la culpabilité et le sens leur posent problème9. Cela signifie qu’ils ne croient pas en une vérité absolue, ne se sentent pas coupables lorsqu’ils pèchent10, et doutent que les mots aient la capacité de communiquer un sens réel. Cependant, la postmodernité se rapproche elle aussi de l’évangile sur certains points. Les postmodernes sont plus enclins à valoriser la diversité culturelle, à éviter le piège de l’utopie et à reconnaître les limites de nos connaissances11. Ils sont moins nombreux à réclamer des preuves incontestables que leurs parents modernes. D’après mon expérience, les barrières des postmodernes à la foi en Jésus ne s’inscrivent pas dans la raison, mais plutôt dans les émotions. S’ils sont résolument contre l’idée d’un Dieu à cause de l’existence de la souffrance, c’est parce qu’ils luttent à réconcilier les deux sur le plan émotif. Si Dieu est bon, pourquoi permet-il la souffrance? Ça me fait mal et j’ai du mal à voir le bon côté à ça. Si le problème que leur pose la foi est émotionnel, leur présenter des arguments apologétiques risque fort bien de rater la cible de leur cœur. Dans ce sens, ils ont besoin d’une sorte « d’apologétique émotionnelle », une approche qui leur permet d’exprimer ce qu’ils ressentent en présence de Dieu pour mieux faire face aux réalités de l’évangile. C’est un bon rappel pour nous qui croyons que ce n’est pas par notre certitude ou par les faits que nous sommes sauvés, mais par l’action et la présence du Dieu vivant12.

Ils préfèrent le dialogue à la transmission de connaissances. La proportion des jeunes adultes qui se sentent encouragés à considérer la foi chrétienne après une conversation est de 79 % en moyenne (à titre de comparaison, 72 % des jeunes adultes étaient réfractaires à l’exploration du christianisme lorsqu’on leur offrait un tract13). Les deux traits de la conversation que les jeunes trouvaient les plus attrayants étaient l’écoute sans jugement et le fait de ne pas forcer une conclusion14. Cela explique probablement le malaise qu’éprouvent les milléniaux chrétiens devant l’évangélisation15. Entre autres, ils valorisent l’inclusion et craignent d’offenser l’autre. Il n’est donc pas rare pour eux de se limiter à des croyances vagues qui leur permettent d’éviter d’entrer en conflit avec les perspectives dans leur entourage. Le dialogue les aidera donc à verbaliser leurs pensées et ensuite à considérer les conséquences et les alternatives. Ici, l’évangéliste acquiert un rôle de guide.

Plus que jamais, ils ont besoin qu’on leur incarne l’évangile. On dit souvent que l’évangile est un message, mais ce n’est qu’à moitié vrai. L’évangile est aussi une tout autre réalité qui s’offre aux êtres humains16, celle du Royaume de Dieu. La grâce et l’amour ne sont pas seulement des concepts théologiques; pour qu’elles soient bien comprises, les jeunes adultes ont besoin de les voir chez les chrétiens, surtout en communauté17. La bonne nouvelle doit être vue comme étant bonne. Ils auront aussi besoin d’expérimenter sa bonté avant (et pendant) qu’ils cheminent vers Jésus18.


  1. Here Is When Each Generation Begins and Ends, According to Facts
  2. Chiffre datant de 2015.
  3. Ce qui veut dire que, par moment, il est possible que ma description des milléniaux puisse aussi s’appliquer aux membres plus âgés de la génération Z, celle qui vient immédiatement après les milléniaux et qui comprend les jeunes de 15 ans et moins.  Pour en savoir plus sur la génération Z : Gen Z Labs, Infographics on Gen Z, What Should Pastors Know?, Articles on Gen Z.
  4. Connaissez-vous vraiment vos milléniaux
  5. L’enquête Renégocier la foi
  6. L’enquête Renégocier la foi
  7. La vision du monde chrétienne par Matthieu Giralt
  8. Only 4 Percent of Gen Z Have a Biblical Worldview By Jonathan Morrow
  9. Evangelicals Engaging Emergent: A Discussion of the Emergent Church Movement.
  10. C’est un énorme défi pour les communicateurs de l’évangile! Pensez-y, tous nos outils et nos modèles d’évangélisation présument que le plus grand problème des gens est qu’ils ont besoin d’apaiser leur conscience! En fait, tout porte à croire que les paramètres culturels des jeunes adultes est en train de passer d’une mentalité Innocence-Culpabilité à une mentalité Honneur-Honte. (Pour en savoir plus sur ces termes : L’Évangile en 3D, The New/Old Way Our Culture Pressures Us To Conform)
  11. What Is Wrong (and Right) With Postmodernism?
  12. Cela dit, il est incontestable qu’une foi en santé nécessite émotions et raison, croyances et pratiques, formation et information, expérience et dogme, actes et paroles, immanence et transcendance… on ne doit pas divorcer ce que Dieu a uni! Les courants de pensée suivent un mouvement de balancier en allant d’un extrême à l’autre, à tel point que les émotions sont désormais privilégiées au détriment de la raison. Mais l’évangile ne nous fait pas choisir entre les deux. Oui à la croyance, oui à l’expérience, oui aux émotions, mais notre foi a aussi besoin d’un contenu solide, fiable, logique et significatif. Nous avons un cœur et une tête. Je plaide donc pour que nous nous recentrions sur l’expérience complète du chrétien selon la Bible.
  13. Reviving Evangelism – Barna Resources
  14. Reviving Evangelism – Barna Resources
  15. 47 % des milléniaux chrétiens pratiquants considèrent qu’il « est mal de partager ses convictions personnelles avec une personne d’une foi différente dans l’espoir qu’elles partageront un jour la même foi ». What Millennials Really Think About Evangelism
  16. Du livre The Story of Reality.
  17. Après tout, dans cette réflexion sur l’incarnation de l’évangile, il est difficile de ne pas penser au fait que l’Église est décrite comme étant le Corps de Christ.
  18. Alors que la génération de leurs parents était appelée à croire avant de pratiquer, c’est comme si les jeunes adultes aujourd’hui ont besoin de pratiquer avant de croire. C’est un peu le cas des enfants qui sont élevés dans nos églises. D’ailleurs, il est intéressant de constater qu’une telle démarche se rapproche du fonctionnement des confessions plus liturgiques à travers l’histoire de l’Église. Cela dit, il est vrai que le fait de pratiquer avant de croire a mené à de sérieux abus :  la pratique en soi ne sera jamais une alternative satisfaisante à la croyance (ni son contraire, en fait). Mon point est simplement que la foi est composée de ces deux dynamiques.

Au sujet de l’auteur

Élizabeth Lecavalier

Élizabeth Lecavalier est équipière avec Pouvoir de Changer-Étudiants depuis plusieurs années. Pendant ces années, elle a travaillé auprès de nombreux étudiants et jeunes adultes dans les cégeps et universités du Québec. Elle décrit son rôle inhabituel et souvent mal compris comme ceci : Aumônière. Guide de vie spirituelle dans un établissement non religieux.

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