Contexte des missions mondiales

J’ai lu un jour l’histoire d’un professeur de séminaire à qui l’on demandait, à une porte d’embarquement, ce qu’il faisait dans la vie. Il a répondu : « J’enseigne la missiologie », mais l’agent d’embarquement n’avait pas la moindre idée de ce que c’était. Le professeur a répondu: « Oh, c’est la science du lancement des missiles ». Bien qu’il était dans un aéroport, sa réponse comique semble presque moins controversée que ce qu’est réellement la missiologie : l’étude des missions chrétiennes.

Mes amis non-croyants trouvent ça tellement bizarre quand je leur dis que j’étudie les missions chrétiennes. Non seulement le concept de prosélytisme est offensant dans une société relativiste et pluraliste, mais son histoire est également tâchée par le mal, sous la forme de colonialisme, de cupidité, de racisme, d’hypocrisie, de rivalité, de génocide culturel et d’autres abus de pouvoir. Nous devons apprendre à reconnaître et à se lamenter sur ces chapitres honteux de l’histoire du christianisme.

Mais ceux-ci – et j’ose le dire, même ceux-ci – n’annulent pas la nécessité, la beauté ou le but des missions mondiales.

Au risque de paraître trop simpliste, tout comme il y a de bons et de mauvais pasteurs, de bonnes et de mauvaises églises, il y a aussi de bonnes et de mauvaises initiatives missionnaires; des efforts missionnaires déplorables ne signifient pas que des efforts exemplaires existent ou n’existent pas.

À la lumière de la mauvaise réputation des missions mondiales, je pense qu’il est d’autant plus important pour nous de retrouver ce qui est juste, bon et digne de la mission: ce qu’elle est vraiment, pourquoi elle est importante et à quoi elle a ressemblé.

Qu’est-ce que les missions mondiales?

J’ai déjà entendu dire en anglais que « two thirds of God is Go » [1]. Le mot « mission » vient d’un mot latin qui signifie « envoyer »; c’est un concept théologique, pas un mot qu’on trouve dans les Écritures.

Petit fait amusant: jusqu’au XVe siècle, le mot missio était entièrement utilisé pour parler de ce que Dieu est, et non de ce que les chrétiens font! Avant que la mission ne soit l’activité de l’Église, elle était comprise comme un attribut divin.

Le théologien Paul Stevens parle de cet attribut divin – souvent appelé missio Dei – comme « le départ de Dieu lui-même… Il est l’Envoyeur, l’Envoyé et celui qui continue d’envoyer. » [2]

Les trois membres de la Trinité sont donc impliqués :

Le Père est le premier missionnaire, qui sort de lui-même en créant le monde et en envoyant le Fils pour notre salut. Le Fils est le deuxième missionnaire, qui rachète l’humanité et toute la création par sa vie, sa mort, sa résurrection et son exaltation. L’Esprit Saint est le troisième missionnaire, qui crée et donne à l’Église, la quatrième missionnaire, la capacité d’aller dans le monde. [3]

Dans l’Écriture, on voit un Dieu qui prend l’initiative et qui poursuit sans relâche les êtres humains par son amour depuis qu’ils se sont détournés de lui. La mission est un « mouvement vers l’extérieur qui commence en Dieu lui-même, un envoi divin, un aller trinitaire éternel. » [4]

Selon le missiologue David Bosch, si Dieu est une « fontaine d’envoi d’amour », alors la mission consiste à participer « au mouvement de l’amour de Dieu vers les gens. » [5]

Une définition plus classique de la mission serait peut-être « la tâche d’atteindre les gens pour le Christ en traversant les frontières culturelles ». [6]

En bref, les missions mondiales, c’est ce que font les chrétiens lorsqu’ils deviennent des imitateurs de Dieu : c’est lorsque l’Église se joint à Dieu dans son œuvre rédemptrice et holistique tournée vers tous les peuples de la terre – ce qui implique à la fois d’incarner et de parler du royaume de Dieu, mondialement et localement. La mission est notre rôle dans l’histoire plus large de l’œuvre de Dieu qui consiste à réconcilier la création avec lui une fois pour toutes.

Pourquoi les missions mondiales sont-elles importantes?

Pourquoi les chrétiens se préoccupent-ils tant des missions mondiales? Ici, on pourrait répondre sous différents angles.

Le premier a trait à la gloire de Dieu. John Piper saisit bien cette raison avec sa célèbre citation: « La mission existe parce que l’adoration n’existe pas ». En Christ, les êtres humains pleinement vivants peuvent offrir la gloire à Dieu en célébrant sa bonté et sa beauté (c’est-à-dire l’adoration), et puisque Dieu est important pour les chrétien.ne.s, sa gloire l’est tout aussi (Habacuc 2:14).

Un autre angle est centré sur Jésus, notamment dans sa compassion pour les perdus (Marc 6:34). Il a proclamé la bonne nouvelle et guéri les malades en signe de son royaume. Sa vie, sa mort et sa résurrection faisaient partie de sa mission de sauvetage sur terre pour nous. Comme il a été envoyé par le Père, il a envoyé ses disciples (Matthieu 10:1-20 ; Luc 10:1-20 ; Actes 1:3-8).

Autrement dit, les chrétien.ne.s s’intéressent aux missions mondiales parce que Jésus s’y intéresse. En plus, il nous commande aussi d’aider les gens de tous les lieux et de toutes les cultures à suivre Jésus; chaque récit de la vie de Jésus se termine par un appel à la mission. Jésus nous a même envoyé le Saint-Esprit pour que nous ayons la capacité d’y aller.

Pour finir, les chrétien.ne.s se sentent concernés parce que la mission est leur raison d’être. Dans le déroulement de l’histoire des Écritures, Dieu met à part un homme appelé Abraham afin que par lui toutes les familles de la terre soient bénies (Genèse 12:3). C’est l’une des raisons pour lesquelles Israël est devenu une nation: pour démontrer le shalom (paix, harmonie, épanouissement) dans un monde violent, corrompu et injuste.

Dans le Nouveau Testament, l’Église est envoyée par Jésus pour être son témoin et son agent de réconciliation pour toutes les nations. Ce n’est pas tant que l’Église ait simplement une mission, mais que la mission ait une Église. [7] 

À quoi ressemblent les missions mondiales?

Historiquement, les chrétiens ont participé aux missions mondiales de très nombreuses façons. Voici quelques exemples – porte attention à la diversité de ces missionnaires et la diversité de leurs actions qui, dans différents contextes, ont aidé les gens à voir l’amour réconciliateur de Dieu pour eux.

Ces exemples sont tirés de plusieurs sources différentes, mais surtout des livres Christianity Encountering World Religions et Encountering The History of Christian Missions, ainsi que des sites Web Urbana Student Missions Conference et Lausanne Movement.

Les missions mondiales peuvent prendre la forme suivante :

  • Écrire des poèmes théologiques pour encourager l’église à travers une persécution intense (Éphrem le Syriaque, Syrien, 4ème s.).
  • Naviguer dans des réseaux tribaux décentralisés pour cultiver des amitiés qui mènent finalement à la foi en Christ (Patrick d’Irlande, Britannique, 5e s.).
  • Développer des expressions de foi pertinentes en se basant sur les préoccupations d’une communauté locale (Cyrille et Méthode, Grecs, 9e s.).
  • Défendre la foi chrétienne en interagissant de manière réfléchie avec une autre religion (Thomas d’Aquin, Italien, 13e s.).
  • Défendre l’humanité des peuples indigènes et s’opposer aux conversions forcées (Bartolomé de Las Casas, espagnol, 16e s.).
  • Apprendre une nouvelle langue, une nouvelle culture et une nouvelle littérature et faire patiemment ressortir leurs liens avec l’Évangile par un long dialogue pré-évangélisation (Matteo Ricci, Italien, 16e et 17e s.).
  • Se vendre et vivre en servitude pour prêcher l’Évangile aux esclaves, ce qui a conduit à leur émancipation (George Liele, Afro-américain, 18e et 19e s.).
  • Mobiliser les Églises locales pour envoyer et financer des missionnaires à l’étranger (William Carey, Anglais, 18e et 19e s.).
  • Dénoncer des atrocités approuvées par le gouvernement et défendre un peuple opprimé (William Sheppard, Afro-américain, 19e et 20e s.).
  • Ouvrir un orphelinat et une école chrétienne pour les femmes survivantes d’une grave famine, en leur fournissant de la nourriture et un logement en l’honneur de Jésus (Ramabai Dongre Medhavi, Indienne, 19e et 20e s.).
  • Retourner dans son pays d’origine en tant que médecin missionnaire après avoir étudié à l’étranger (Shi Meiyu, chinoise, 20e s.).
  • Introduire clandestinement des Bibles dans des pays où le christianisme est illégal (André van der Bijl, Néerlandais, 20e s.).
  • Piloter des avions pour aider les missionnaires et les communautés isolées dans le besoin (Betty Greene, Américaine, 20e s.).
  • Inviter des Églises de diverses traditions à organiser ensemble de grands événements d’évangélisation pour atteindre les masses (Billy Graham, Américain, 20e s.).
  • Témoigner aux tribus voisines de la manière dont l’évangile a libéré sa communauté de la superstition et de la peur des mauvais esprits (Elka des Wai Wai, Brésil, 20e s.).
  • Articuler une théologie de la réconciliation pour le monde arabe (Rula Khoury Mansour, Palestine, 21e s.).
  • Tirer parti des voyages d’affaires pour partager leur foi (marchands chrétiens de Wenzhou, Chinois, 21e s.).
  • Lancer un réseau d’artistes et de créatifs chrétiens pour une adoration et une évangélisation contextualisée (Uday Balasundaram, Indien, 21ème s.).
  • Traduire la Bible dans une version contextualisée pour son peuple (Terry Wildman, Ojibwe et Yaqui, États-Unis, 21e s.).
  • Organiser des voyages missionnaires numériques avant la pandémie, puis servir l’Église mondiale en enseignant aux autres comment faire pareil lorsque voyager n’était plus possible (Melody Chiam, Malaisienne, 21e s.).

Et bien d’autres encore! Je t’encourage à te renseigner sur certaines de ces personnes – leurs histoires sont inspirantes et elles te donneront un aperçu de ce que peut être le travail missionnaire.

Si tu es chrétien.ne, je veux que tu saches que tu fais partie de quelque chose de bien plus grand que toi. Non seulement tu es chrétien.ne aujourd’hui grâce aux missions mondiales passées, mais tu as également un rôle à jouer dans l’histoire alors que l’Évangile continue de se répandre sur la terre, que tu traverses un océan entier ou juste la rue.

Comment Dieu pourrait-il t’inviter à faire un pas de plus avec lui dans sa mission d’attirer tous les peuples à lui?

Références

[1] Traduction littérale : les deux tiers de Dieu (God), c’est « allez » (Go). 

[2] R. Paul Stevens, The Other Six Days: Vocation, Work, and Ministry in Biblical Perspective.

[3, 4] Stephen Seamands, Ministry in the Image of God: The Trinitarian Shape of Christian Service.

[5] David Bosch, Transforming Mission.

[6] Scott A. Moreau et al, Introducing World Missions.

[7] Christopher J.H. Wright: « Ce n’est pas tant le fait que Dieu ait une mission pour son église dans le monde, que le fait que Dieu ait une église pour sa mission dans le monde. La mission n’a pas été faite pour l’église; l’église a été faite pour la mission – la mission de Dieu. »

Au sujet de l'auteur

Élizabeth Lecavalier

Élizabeth Lecavalier est équipière avec Pouvoir de Changer-Étudiants depuis plusieurs années. Pendant ces années, elle a travaillé auprès de nombreux étudiants et jeunes adultes dans les cégeps et universités du Québec. Elle décrit son rôle inhabituel et souvent mal compris comme ceci : Aumônière. Guide de vie spirituelle dans un établissement non religieux.